2,43 millions de recrutements prévus : ce que l’enquête BMO révèle secteur par secteur
L’enquête BMO de France Travail, encore souvent recherchée sous le nom « BMO Pôle emploi », sert à mesurer les intentions d’embauche des employeurs et les difficultés qu’ils anticipent. Pour un candidat, un recruteur, un conseiller ou un organisme de formation, elle offre une lecture concrète du marché du travail : quels métiers recrutent, où les besoins se concentrent, quels secteurs peinent à trouver des profils et quelles embauches relèvent du saisonnier ou du durable.
Ce que mesure vraiment l’enquête BMO
BMO signifie Besoins en Main-d’Œuvre. Il s’agit d’une enquête annuelle menée par France Travail auprès des établissements employeurs pour identifier leurs projets de recrutement pour l’année à venir. Son intérêt ne se limite pas à compter des postes potentiels. Elle permet aussi de repérer les métiers en tension, les secteurs qui ralentissent, les zones où les besoins restent élevés et les recrutements jugés difficiles.
Une enquête massive auprès des employeurs
L’édition récente repose sur une base très large : 2,4 millions d’établissements interrogés et 446 000 réponses collectées. Cette ampleur donne à l’enquête une valeur particulière, car les résultats peuvent être analysés à plusieurs niveaux : national, régional, départemental, par bassin d’emploi, par secteur d’activité et par métier. On ne lit donc pas seulement un total, on observe aussi des écarts très nets d’un territoire à l’autre.
Les données sont structurées à l’aide de la nomenclature FAP2021, qui regroupe les métiers en familles professionnelles. Cette classification facilite les comparaisons entre métiers proches, par exemple dans les services aux particuliers, l’hôtellerie-restauration, la santé, la construction ou l’industrie. Elle évite de s’arrêter à un intitulé trop étroit et aide à lire les besoins de manière plus fiable.
Un indicateur d’intention, pas une promesse d’embauche
Un projet de recrutement déclaré dans BMO n’est pas une offre d’emploi garantie. Il correspond à une intention exprimée par un employeur au moment de l’enquête. La nuance compte : certains projets peuvent être reportés, transformés ou annulés selon la conjoncture, le carnet de commandes, la saisonnalité ou la disponibilité des candidats.
C’est précisément pour cette raison que l’enquête est utile : elle donne une tendance avancée. Elle aide à anticiper les mouvements du marché avant qu’ils ne se traduisent entièrement dans les offres publiées. Elle sert aussi à comprendre où les employeurs hésitent, où ils accélèrent et où les besoins sont déjà visibles, même si les annonces n’ont pas encore suivi.
Les chiffres clés à retenir
Les résultats nationaux montrent un marché de l’emploi plus prudent, mais encore très actif. France Travail anticipe 2,43 millions de projets de recrutement en 2025. Ce volume reste important, même s’il s’inscrit dans un ralentissement net des intentions d’embauche. Le signal principal n’est pas une chute brutale, mais une forme de retenue dans les décisions de recrutement.
| Indicateur | Résultat | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Projets de recrutement anticipés | 2,43 millions | Un niveau élevé de besoins exprimés par les employeurs |
| Évolution des intentions d’embauche | -12,5% par rapport à 2024 | Une prudence accrue des entreprises |
| Établissements prévoyant d’embaucher | 24,1% contre 28,2% en 2024 | Moins d’employeurs déclarent vouloir recruter |
| Intentions d’embauche en CDI | 43,8%, soit +5,5 points vs 2024 | Une part plus forte de recrutements durables |
| Projets jugés difficiles | 50,1% | Un recrutement sur deux est anticipé comme compliqué |
Moins de projets, mais davantage de CDI
La baisse de 12,5% des intentions d’embauche indique un contexte économique plus incertain. Les entreprises semblent engager moins de projets, mais avec une orientation plus marquée vers des contrats stables : 43,8% des intentions d’embauche concernent des CDI, en hausse de 5,5 points par rapport à 2024.
Cette combinaison mérite une lecture fine. Un volume global en recul ne signifie pas forcément une dégradation uniforme du marché. Dans certains métiers, la demande reste forte ; dans d’autres, les employeurs réduisent les recrutements ponctuels ou saisonniers tout en sécurisant des postes clés. Pour un candidat, cela change la manière de cibler sa recherche. Pour un recruteur, cela peut signaler un arbitrage plus sélectif.
La saisonnalité reste déterminante selon les territoires
La part des projets saisonniers varie fortement selon les régions et les secteurs. En Centre-Val de Loire, les recrutements saisonniers représentent par exemple 31,9% des projets. Cette donnée évite de comparer deux territoires uniquement sur le volume d’embauches : une zone touristique, agricole ou très dépendante de certaines périodes de l’année n’a pas la même dynamique qu’un bassin industriel ou tertiaire.
La lecture territoriale est donc indispensable. Deux régions peuvent afficher des volumes proches, mais avec des réalités très différentes : l’une peut concentrer des besoins récurrents sur des contrats longs, l’autre multiplier les besoins de courte durée sur quelques mois. BMO permet justement de distinguer ces profils.
Métiers porteurs : lire les besoins par secteur plutôt que chercher un palmarès
L’une des erreurs fréquentes consiste à consulter BMO comme une simple liste de métiers qui recrutent. L’enquête est plus intéressante lorsqu’on croise trois éléments : le nombre de projets, le taux de difficulté et la part de saisonniers. Un métier peut afficher beaucoup de recrutements, mais surtout en contrats courts ; un autre peut proposer moins de postes, mais avec une forte tension et davantage de CDI.
Services, santé, commerce, construction : des logiques différentes
Les services aux particuliers, l’hôtellerie-restauration, la santé/action sociale, la construction ou encore le commerce ne recrutent pas pour les mêmes raisons. Certains secteurs répondent à des besoins structurels, liés au vieillissement de la population, aux départs en retraite ou à la continuité des services. D’autres dépendent davantage de la saison, de la fréquentation touristique, des commandes ou de la consommation des ménages.
Dans la santé/action sociale, les difficultés atteignent 63%. Cela traduit souvent un écart entre les besoins des établissements et la disponibilité de professionnels formés, mobiles ou prêts à accepter certaines contraintes horaires. Dans la construction, les difficultés montent à 66,1%, avec des enjeux de compétences techniques, de conditions de travail et d’attractivité des métiers. Ces chiffres rappellent que le volume des besoins ne suffit pas à lui seul : la capacité à recruter dépend aussi du profil recherché.
Pourquoi le niveau local change l’interprétation
Une donnée nationale peut masquer des réalités très différentes. Un métier peut être peu tendu à l’échelle du pays, mais très recherché dans un bassin d’emploi précis. À l’inverse, un secteur très visible médiatiquement peut offrir peu d’opportunités localement. C’est pourquoi il est préférable de consulter les résultats par région, département ou zone d’emploi avant de prendre une décision d’orientation, de reconversion ou de recrutement.
Il existe aussi un seuil de décision souvent oublié : celui à partir duquel un métier devient crédible dans un projet professionnel. Pour une personne en reconversion, quelques dizaines d’offres visibles ne suffisent pas toujours à déclencher une formation longue ; en revanche, la combinaison d’un taux de difficulté élevé, d’une progression des CDI et d’une présence du métier dans plusieurs bassins voisins peut changer l’arbitrage. BMO aide à poser ce diagnostic avec davantage de recul.
Difficultés de recrutement : ce que les taux révèlent vraiment
Avec 50,1% des projets d’embauche jugés difficiles, l’enquête BMO montre que la tension reste un sujet central. Mais un taux élevé ne dit pas tout. Il faut chercher ce qui rend le recrutement compliqué : manque de candidats, compétences rares, horaires contraignants, localisation, rémunération, pénibilité, saisonnalité ou inadéquation entre formation et besoins opérationnels.
Les secteurs les plus exposés aux tensions
Certains secteurs concentrent des difficultés particulièrement fortes. Le commerce et la réparation automobile atteignent 69,7% de projets jugés difficiles, un niveau supérieur à la moyenne nationale. La construction est également très exposée avec 66,1%, tandis que la santé/action sociale atteint 63%.
Ces taux doivent être interprétés comme des signaux d’alerte. Pour les employeurs, ils invitent à anticiper les recrutements, à clarifier les critères indispensables et à travailler l’attractivité des postes. Pour les candidats, ils peuvent indiquer des opportunités, à condition de vérifier les conditions concrètes : type de contrat, horaires, mobilité, formation requise et perspectives d’évolution. Le chiffre ouvre une piste, mais le contenu du poste reste décisif.
Un outil pour ajuster la formation et l’orientation
Les organismes de formation, les conseillers en évolution professionnelle et les acteurs publics peuvent utiliser BMO pour mieux aligner les parcours avec les besoins locaux. Si un métier apparaît à la fois recherché, durable et difficile à pourvoir, il peut justifier une action de formation ciblée, une information renforcée auprès des publics en reconversion ou un partenariat avec des entreprises du territoire.
Pour un demandeur d’emploi, l’usage le plus efficace consiste à comparer plusieurs métiers proches. Par exemple, au lieu de viser uniquement un intitulé, il peut étudier une famille professionnelle entière, repérer les métiers où les difficultés sont fortes, puis vérifier les prérequis et les formations courtes ou qualifiantes disponibles. Cette approche évite de se concentrer sur une seule piste quand plusieurs voies existent.
Où consulter les résultats BMO et comment les exploiter
Les résultats détaillés sont accessibles sur les sites de France Travail, notamment via les espaces statistiques et les pages consacrées aux besoins en main-d’œuvre. Le point d’entrée le plus utile pour travailler sur les données est le portail statistiques.francetravail.org/bmo, qui permet de consulter les tableaux nationaux, régionaux et locaux.
Les bons réflexes de lecture
Pour exploiter correctement l’enquête BMO, il vaut mieux éviter une lecture isolée d’un seul chiffre. Un volume élevé de projets peut sembler attractif, mais il doit être rapproché du taux de difficulté, de la part de saisonniers et du territoire concerné. De même, un faible volume national peut cacher une opportunité locale si le métier est rare et très demandé dans une zone précise. La comparaison change souvent le sens du résultat.
- Pour un candidat : comparer les métiers proches, vérifier les tensions locales et identifier les compétences à acquérir.
- Pour un recruteur : anticiper les délais, ajuster les critères et renforcer l’attractivité des offres.
- Pour un organisme de formation : repérer les métiers où la demande locale justifie des parcours adaptés.
- Pour une collectivité : suivre les besoins par bassin d’emploi et orienter les politiques d’emploi.
Un exemple régional pour comprendre la granularité
La Normandie illustre l’intérêt d’une lecture territoriale : 83 190 établissements y ont été interrogés et 23 140 réponses ont été collectées. Ce type de détail permet d’aller au-delà de la moyenne nationale et d’observer les réalités propres à une région, à ses secteurs dominants et à ses bassins d’emploi. Les écarts de réponse rappellent aussi que la robustesse de l’analyse dépend du volume interrogé et du taux de participation.
En pratique, l’enquête BMO n’est pas seulement un tableau de statistiques. C’est un outil d’aide à la décision. Elle permet de choisir une formation avec plus de lucidité, de préparer un recrutement avec plus d’avance, ou d’analyser un marché local sans se limiter aux offres publiées à un instant donné. C’est cette lecture fine, secteur par secteur et territoire par territoire, qui en fait un repère utile.
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